les ateliers de l'espoir...avec Nicanor Perlas

Publié le par Frédéric Vanpoulle

 

a l'occasion d ela conférence du 6 mars sur la tri-articulation sociale, nous remettons en ligne un Premierbilan des Rencontres Atelier avec Nicanor Perlas,

 

"Les ateliers de l'espoir" ou

"Des outils pour la transformation sociale"

 

Les 20, 21 et 22 juillet 2008, à Guignen (Bretagne)

Voici un résumé et premier bilan

 

L'animateur et intervenant

Nicanor Perlas, leader philippin alter mondialiste, prix Nobel alternatif 2003, est engagé dans la société civile mondiale et philippine. Ingénieur agronome, exilé sous Marcos aux Usa, ancien agriculteur bio, formateur, engagé dans le micro crédit, la lutte contre la pauvreté et contre la corruption, il a une grande expérience. Il nous a proposé d'expérimenter un "atelier de l'espoir" sur la base des ateliers qui se développent aux Philippines au sein du mouvement Pagasa. Pagasa, avec ses assemblées populaires, a pour objectif de rénover la vie sociale philippine aussi bien sur les plans culturels que politiques et économiques.

 

Les organisateurs

Un petit groupe, a l'origine de la traduction du livre de Nicanor Perlas ("société civile ; 3 iéme pouvoir"), et de sa venue en France en 2003, a souhaité contribuer à l'émergence d'une société civile plus sûre d'elle-même et plus créative. Ce groupe Atos ( Alliance pour la Tri-articulation de l'Organisme Social) et "Culture Bio" ( association organisatrice du salon "Ille et Bio", près de Rennes) ont pris en charge l'organisation pratique des rencontres.

 

Le public

L'atelier a eu lieu en présence de 30 personnes, le maximum possible. 27 participants venaient de toute la France, Nicanor Perlas et une animatrice du mouvement Pagasa des Philippines, et notre traductrice de Belgique.

Le public était assez large et engagé dans la société civile française, même si les objectifs de toucher des leaders n'ont été atteints que partiellement. La liste jointe des participants mentionne les champs d'activités et d'engagement : des mouvements anti ogm, bio ( Nature et Progrès ; Culture Bio ), semences paysannes, biodynamie, "terre et humanisme", banque solidaire ( nef), forum social local, ccfd départemental, développement durable, simplicité volontaire, mouvement d'exclus, éducation populaire, économie associante, formation, thérapie, recherche scientifique…Il y avait aussi quasiment autant de femmes que d'hommes.

 

Le déroulement

Nicanor Perlas s'est essentiellement appuyé sur nos expériences, vécus et réflexions :

Il nous a posé des questions, que nous avions à travailler chacun pour soi, à partager en groupes de 5 ou 6, puis à restituer ;

La matière ainsi rassemblée était regroupée, mise en perpective, modelée par Nicanor Perlas et par l'ensemble du groupe.

Des questions simples mais personnelles nous ont été posées :

Qu'est-ce qui vous concerne ou vous préoccupe dans la société française ?

Puis : Qu'est-ce qui vous inspire ou enthousiasme dans la société française ?

Il est apparu des réponses souvent très différentes aux deux questions, voire opposées et le vécu est apparu très différent mais convergent.

A la première question, les sentiments des uns et des autres, quant nous nous penchions sur nos réponses, allaient dans un sens pesant, d'angoisse …

Répondre à la deuxième question suscitait en nous au contraire de la joie, des sourires, de la paix, bref des sentiments très inverses. Le jour et la nuit !

 

La question de la créativité, "the creative self" :

Le deuxième jour, la question nous a été posée de nous remémorer nos plus fortes expériences de créativité individuelle ou collective. Et de ressentir ce qui se passe en nous, simplement en se remémorant cela.

Les réponses ont été étonnamment riches, complémentaires et inspirantes. Surtout,l'état créatif décrit l'a été avec des mots positifs, parfois paradoxaux, et quasiment transcendants : enthousiasme, lâcher prise, tension, "hors du temps", "être traversé par", visions, clarté, bonheur, jouissance…

Le groupe très inspiré a ainsi pu pointer l'aspect particulier et "magique" de cet espace ou temps créatif. Le terme anglais "créative self", que je traduis par "espace de créativité", veut aussi dire le soi créatif, la partie intérieure de nous-même créative. Ce Soi créatif nous relie aux autres sois créatifs.

La dynamique de groupe a eu aussi pour beaucoup de participants un fort effet, illustration en même temps des processus en cours, processus que justement le séminaire voulait nous faire vivre et conscientiser.

 

Quelques mots clés : "new activism", nouvelles identités, espace de créativité…

Nous avons abordé des notions clés comme la question de nos identités, des identités des "autres" et des groupes. Les conflits d'identité sont courants .Les enjeux de la flexibilité et de l'élargissement des identités sont apparus comme fondamentaux pour répondre aux enjeux du monde actuel, et pour toute dynamique collective. Elargissement de nos identités justement lié à la decouverte de notre identité créative, de notre "soi créatif".

Les changements de culture ne peuvent passer que par le changement de notre propre culture, de notre propre identité, dans notre manière de concevoir et d'accepter les liens et interrelations.

L'exploration individuelle et collective de "l'espace de créativité" ou du "soi créatif", en lienavec un contexte, et pouvant connecter à des idées, des visions, des décisions, est apparu comme novateur et riche de potentiels.

Nicanor Perlas a ainsi pu affirmer la nécessité d'un "nouvel activisme", basé sur l'accès à cet espace créatif intérieur, pour aboutir à de réels changements systémiques. Sans utiliser certains mots tabous dans la société française, cet espace créatif est apparu comme universel, et lié au sacré, à la "conscience non duale".

Pour Nicanor Perlas, des changements uniquement au niveau des systèmes sociaux, sans modifier nos identités, sont illusoires. Et nous pouvons apprendre à nous connecter à volonté à notre espace créatif. Les nécessaires résistances peuvent être des préparations pour aller à des niveaux plus profonds, les résistances ouvrent des espaces pour construire du neuf.

 

Des "initiatives microcosmiques", des "prototypes reproductibles"…

Nous avons un peu manqué de temps pour explorer cette connexion à l'espace créatif, au soi créatif. Nous avons aussi manqué de temps pour explorer ce qui peut émerger de ces processus : des initiatives, si possible "stratégiques" et microcosmiques, si possible reproductibles…

Quelques exemples français (ogm et grenelle de l'environnement) ou philippins (des émergences politiques inattendues, "People Power II") ont pu illustrer les pouvoirs de la créativité et de l'engagement ;

Nous avons pointé l'importance de décider librement, d'accepter les changements et responsabilités que cela induit, de ne pas répéter hors contexte.

La société civile apparaît comme la sphère du changement de culture et d'identité. La société civile a à en prendre conscience et à en prendre la mesure.

 

Si chacun a été amené à se poser la question des initiatives qu'il voulait poser dans les temps à venir, chacun est reparti avec de quoi mûrir et …chercher dans son "soi créatif".

Le bilan fait à chaud le mercredi matin a fait ressortir 24 personnes satisfaites, dont certaines très enthousiastes, 3 personnes nettement restées sur leur faim, et tous qui avaient à maturer, à explorer les approches de l'atelier. Les premiers séminaires, aux Philippines, duraient 5 jours…Il a manqué une méthode technique pour que les notes prises aux tableaux de papier soient lisibles par tous, pour une meilleure compréhension des liens et des synthèses.

 

Un atelier sans Nicanor Perlas a suivi

Une partie du groupe est resté de une à 2 journées supplémentaires, pour s'approprier le séminaire, continuer les échanges d'expériences et de ressentis, pour clarifier la méthodologie et le processus proposé par Nicanor Perlas. Certaines figures archétypales utilisées comme "carte du monde" par Nicanor Perlas ( le lemniscate, ou 8 couché, symbole de l'infini) pour décrire les processus ont pu être expérimenté physiquement . Certaines personnes ont revécules étapes, en se connectant aussi à des peurs ou souffrances, et découvrant de l'espoir et des chemins.

 

Quelles suites au séminaire ?

--La plus grande part viendra des utilisations des acquis et méthodes par chaque participant, dans son contexte professionnel et son contexte d'engagement dans la société civile. La créativité sociale peut être stimulée aussi bien en terme de résistances que de nouvelles initiatives.

--Toutefois, la publication des actes écrits (synthèse et illustrations, méthodologie), l'édition d'un document vidéo viendra aider les participants et ceux qui voudront s'y intéresser (travail en octobre 2008 par Sylvette Escazaux). L'intérêt d'utiliser certains médias (Alliance pour l'Europe des Consciences, Biocontact, bulletin Ogm, sites internet…) se dessinera après la phase de synthèse.

--Une co-organisatrice, Mia Boutemy, a proposé un stand au salon Ille et Bio : les 10, 11 et 12 octobre, un "parcours de l'espoir" ou quelque chose du genre en élaboration, s'adressera à une partie des 15 000 visiteurs du salon. Deux participantes se préparent et recherchent des appuis, notamment au sein du groupe actif dans le forum social rennais. Cette expérience, si elle s'avère positive, pourra être diffusée dans de nombreux autres salons, rencontres ou forums sociaux locaux.

--l'association "Culture Bio" planche sur l'introduction de la méthode dans son séminaire annuel fin novembre, avec tous les membres du conseil d'administration dit "cercle d'animation". En 2009, "un atelier de l'espoir et de la créativité sociale " devrait être testé en Bretagne, et proposé dans le programme d'activités de "Culture Bio".

--. le Pavé , scoop d'éducation populaire va se saisir d'une partie de la méthodologie de Nicanor.

--au sein du mouvement anti-ogm national et régional, plusieurs participants pratiqueront et proposeront le processus, notamment grâce à Guy Kastler et Sylvette Escazaux.

--par Guy Kastler (réseau semence paysanne, confédération paysanne) , la jonction est faite entre Nicanor Perlas et José Bové, et Via Campesina : Nicanor participera à l'institut international en gestation et pourra partager son expérience et ses visions.

 

Bilan financier

Grâce aux subventions de l'association la Nef ( 2000 €) et de la Fondation pour le Progrès de l'Homme (2000 €), les comptes sont positifs et permettent de continuer de la diffusion dans des bonnes conditions : un salaire sera versé à une chargée de mission pour une synthèse écrite et audiovisuelle et pour la diffusion dans les réseaux, et des médias..

 

Conclusion

Nous sommes stimulés à explorer des nouveaux processus, autour de nos préocupations, de nos sources d'inspirations, de l'accès à notre espace créatif individuel ou collectif.

Les questions de nos ressentis et de nos regards y apparaissent centrales pour les dynamiques individuelles, sociétales et sociales. La sphère intérieure peut amener des approfondissements, des déséquilibres créateurs, des connections à des forces constructives.

Nous sommes invités à un travail continu d'élargissement de nos identités, de création d'initiatives nouvelles, en puisant au "soi créatif" ou "espace de créativité".

L'action sociale extérieure peut être fécondée par ce travail intérieur.

La société civile apparaît comme la sphère du changement de culture et d'identité. La société civile devra en prendre conscience et entirer des conséquences.

 

Répondre aux défis de notre époque suppose une nouvelle créativité, dans une forme renouvelée d'engagement, " a new activism"…

 

 

 

 

 

Fait le 20/08/08 par Frédéric Vanpoulle, co-organisateur, vice-président de "Culture Bio"

 

 

 

 

 

 

 

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