Ogm, mutagénèse, plantes tolérantes aux herbicides...

Publié le par Frédéric Vanpoulle

La fuite en avant continue...voici un compte rendu des associations et syndicats opposées aux ogm et à lappropriation du vivant. Le combat n'est pas fini...et pour moi une raison de plus d'une évolution profonde de nos conceptions et de nos relations au vivant...
Frédéric

 DES TOURNESOLS MUTES A BOLLENE

Compte-rendu d'une visite de courtoisie environnementale, citoyenne et syndicale



Par........................................................ le 21 juin 2009



En décembre 2008, la presse spécialisée agricole française (Réussir, grande culture n°220) annonçait la commercialisation imminente en France par les sociétés Pionner et BASF de tournesols résistants aux herbicides, déjà cultivés sur plusieurs centaines de milliers d’hectares en Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Turquie et Espagne. Les nouvelles « technologies » brevetées qui confèrent cette résistance ont été insérées dans ces variétés suite à des mutations génétiques provoquées en laboratoire par des produits chimiques pour l’Express-Sun de Pionner ou au champ par utilisation intensive d’herbicide pour le Clearfield de BASF. Les mêmes sociétés annoncent la commercialisation prochaine de colzas issus des mêmes technologies. Trois mois plus tard, le 29 mars 2009, l'herbicide Express SX de DuPont était homologué, rendant légale dès cette année la culture de son tournesol muté résistant EspressSunTM.


Face aux risques environnementaux et sanitaires de la généralisation des plantes résistantes aux herbicides et à l'urgence de faire entrer dans l'espace public le sujet des semences mutées, des organisations environnementales, citoyennes et paysannes  ont décidé d’interpeller publiquement les responsables du CETIOM (Centre Technique Interprofessionnel des Oléagineux Métropolitains) à Bollène (Vaucluse) le 20 mai 2009. Ce jour là, ce Centre organisait auprès de ses adhérents - avec le concours de la Coopérative agricole, propriétaire du site privé du silo -, une démonstration de cultures de tournesols mutés résistants aux herbicides.


Pourquoi cette manifestation ?
Il s'agissait de faire savoir publiquement que des essais de tournesols mutés sont menés par le CETIOM, que ces essais échappent à la réglementation sur les OGM, alors qu’ils posent les mêmes problèmes d’appropriation du vivant par le brevet et sont susceptibles de générer les mêmes risques pour la santé et l’environnement Pour rendre cette visite officielle, les organisations à l'origine de l'appel avaient adressé préalablement différents courriers aux Ministères de l'Environnement, de l'Agriculture, et au CETIOM. Ces contacts aboutirent à une rencontre officielle le 20 mai à 14h à Bollène (84) entre les représentants des associations et les responsables du CETIOM.


Visite réduite aux parcelles d'essais

Environ 200 militants arrivèrent sur place dès 11h30. L’accès au site de la coopérative abritant des stands de promotion de matériel agricole et de produits tels que fongicides, herbicides, etc. étaient interdits aux manifestants. Cette interdiction fut confirmée à 13 h par une AG extraordinaire réunissant les membres présents de la coopérative. Les parcelles d'essais, sous la seule responsabilité du CETIOM, devenait dès lors le seul point de rencontre avec les agriculteurs.
L'accès aux parcelles d'essais de tournesols mutés fut facilité par un transport en autocar. Une centaine de personnes, par manque de place, s'y rendirent à pieds (1,5km) derrière la banderole "Non à tous les OGM".
Sur place, les techniciens du CETIOM en charge de faire visiter les essais à ces touristes peu ordinaires furent peu prolixes, tant sur leur nature (tournesol mutés/pas mutés) que pour répondre aux questions qui leur étaient adressées : "Je ne suis pas compétent pour répondre, adressez vous à mes supérieurs" revint comme un leitmotiv.  Ils annoncèrent cependant l’intention du CETIOM de détruire ces tournesols avant leur floraison.


A la table des discussions...
La table des discussions fut dressée dehors et hors de l'enceinte du CETIOM. Elle rassemblait d'une part le CETIOM représenté par Gérard Tubery (agriculteur bio et conventionnel dans l’Aude, administrateur - région Sud), Pierre Jouffret (ingénieur de la région) et André Pouzet (directeur). De l'autre côté, la délégation des associations était constituée par la Confédération paysanne, le Collectif Vaucluse, les Faucheurs Volontaires, ATTAC, le GIET, les Amis de la Terre et l'UNAF, dont 3 membres et un suppléant du Haut Conseil de Biotechnologies.


Enjeux de cette discussion
Les associations ont rappelé que la démarche du CETIOM concernant les essais de tournesols mutés est aujourd’hui parfaitement légale et qu’elles n'étaient donc pas là pour contester cette légalité. Il s'agissait avant tout d’alerter le CETIOM sur les problèmes posés et d'obtenir des réponses et des engagements pour les résoudre.


Les plantes mutées, sujet à controverse
Les représentants du CETIOM ont exprimé leur incompréhension quant à la soudaine controverse suscitée par des essais de plantes mutées alors que plusieurs centaines de variétés mutées sont commercialisées depuis au moins trois décennies. A ce jour, près de 3.000 variétés de 170 espèces différentes obtenues à partir de mutations « incitées » par irradiation sont recensées par l'Agence Internationale de l’Energie Atomique.
Les délégués des associations ont alors rappelé qu'il avait fallu plus d’un siècle avant de reconnaître la toxicité de l’amiante ou de certains produits chimiques que l’Europe commence à peine à évaluer et à interdire aujourd’hui. Récemment des études scientifiques ont montré que la mutagénèse provoquée génère encore plus souvent que la transgénèse des réarrangements génétiques non intentionnels souvent non visibles, mais aux effets potentiellement dangereux.


Santé publique : les plantes mutées contre l'ambroisie ?
Selon le CETIOM, la technologie ExpressSun permettrait de lutter contre l'ambroisie et de fait, de maîtriser les allergies.
Pour les associations, l'utilisation intensive d'herbicides générée par les tournesols ou colzas résistants ne fera au contraire qu'accélérer l'apparition d'ambroisie résistante dont on pourra encore plus difficilement se débarrasser. De plus, le développement de l'ambroisie est le résultat de la perturbation excessive des sols par les intrants chimiques et les outils mécaniques qui provoquent la disparition du complexe argilo-humique. Par conséquent, la seule manière de  combattre l'ambroisie est de reconstituer l'humus des sols et non de casser le thermomètre à coup d’herbicides.


Dissémination versus « foi dans le progrès »
Les représentants du CETIOM ont confirmé et précisé la liste des plantes mutées déjà présentes dans les champs et dans l'alimentation humaine ou animale.
Pour les associations, les contaminations des cultures conventionnelles avec des gènes de résistances aux herbicides poseront des problèmes de repousses difficilement gérables dans le cas du tournesol. Avec la perspective de cultures de colzas mutés résistants aux herbicides s’ajoute  le problème de la contamination massive de crucifères cultivées ou sauvages devenant de ce fait envahissantes (ravenelle, moutarde…).
Le CETIOM admet l’existence de ce risque d’augmentation des résistances aux herbicides et le caractère très aléatoire des recombinaisons du génome. Mais sa foi dans le progrès reste sans faille : selon lui, les « faibles doses » et le caractère ciblé des herbicides utilisés devraient permettre d’éviter les catastrophes générées par les OGM résistants aux herbicides totaux. Ce sont pourtant ces mêmes risques environnementaux qui ont provoqué le moratoire français sur la culture des colzas OGM autorisés en Europe..


Confiscation du vivant
Les membres du CETIOM disent ignorer l’existence du brevet sur la technologie de mutation du gène de résistance et donc les risques de confiscation du vivant qu’il génère. L’atteinte à la liberté et aux droits des paysans et des consommateurs n’est visiblement pas leur problème.


Les plantes mutées exclues du champ d'application des OGM
Les associations rappellent que les plantes obtenues par mutagenèse « incitée » sont des OGM, selon la définition de la directive européenne 2001/18. Elles génèrent les mêmes risques de dommages intentionnels ou non intentionnels sur la santé et l’environnement que les plantes obtenues par trangénèse. Pourtant, elles ont été exclues de son champ d’application.
Les membres du CETIOM estiment que ce problème ne les concerne pas. Ils laissent aux politiques le soin de résoudre cela. De la même manière, ils ne considèrent pas que les plantes obtenues par mutagenèse sont des OGM : cette technologie qui n’a pas cinquante ans est pour eux une technique de sélection traditionnelle, au même titre que les techniques paysannes utilisées depuis des millénaires.
Ces réponses révèlent pour les associations l'incapacité évidente des représentants du CETIOM de se poser la question de la nature de ce qu'ils font : ils font ce que préconisent les entreprises du moment qu'il est légal de le faire, point.


L'évaluation et l’information des consommateurs sont incontournables
Au-delà des incertitudes liées à la mutagénèse, les tournesols mutés posent le problème de la diffusion des gènes de résistances aux herbicides.. Pour les associations, c'est engager les agriculteurs dans une impasse : la spirale des herbicides conduit à la résistance aux herbicides qui elle-même conduit à l'utilisation croissante d'herbicides, à l’apparition de nouvelles résistances et ainsi de suite…, tout cela sans que l'impact de ces produits ou de la combinaison des différentes molécules sur la santé et l'environnement ne soit soumis à une évaluation. C'est pourquoi, les associations affirment la nécessité de l'évaluation, considérant qu'on ne peut se contenter de voir que ce qui est immédiatement visible. Par ailleurs, les abeilles s'abreuvent des tournesols et colzas mutés dès les premières pousses arrosées d’herbicides. En l'absence de données fiables sur leur impact, ces tournesols représentent donc pour les associations une menace pour la santé des abeilles.
De même, les consommateurs ont droit à l’information sur les biotechnologies utilisées pour élaborer les aliments qu’ils consomment et les paysans qui achètent ces semences doivent être informés qu’elles contiennent une technologie protégée par un brevet.


Perspectives : la demande de suspension immédiate des essais
Les associations ont demandé la suspension des essais dans l'attente d'évaluations de ces pratiques, mais les représentants du CETIOM ne se sont engagés à rien de tel. Ils ont seulement assuré que les essais en cours seraient détruits avant la floraison. Les organisations à l'origine de l'appel restent donc vigilantes pour vérifier que cette promesse soit tenue.
Les représentants du CETIOM se sont par ailleurs engagés à faire remonter tout ce qui avait été dit à leur Conseil d'Administration, en assurant que toutes les questions posées seraient débattues. La balle est donc aujourd’hui dans le camp du CETIOM.

Toutefois, les organisations environnementales, paysannes et citoyennes n’attendront pas leurs réponses pendant des années avant d'envisager la poursuite de leur action. Alors même que la mutagénèse provoquée pose de véritables problèmes sanitaires, environnementaux et socio-économiques, elles se sont engagées à poursuivre la sensibilisation du public et des scientifiques et les démarches auprès des ministères.


Pour aller plus loin :
Voir les interviews « Des OGM à Bollène » sur
http://www.latelevisionpaysanne.fr/video.php?lirevideo=142#142

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