Développement durable et triarticulation sociale

Publié le par Frédéric Vanpoulle

Un développement durable authentique
par la
Triarticulation sociale

L'humanité dans son ensemble est confrontée à des défis majeurs : pauvreté et misère, guerres et conflits, changement du climat et pollutions, guerre économique et gaspillage des ressources, matérialisme exacerbé…Pour les résoudre, toutes les ressources humaines devront être mobilisées. Les ressources intellectuelles et spirituelles, les ressources de cœur et de générosité, les compétences, et bien sûr les ressources matérielles, technologiques et financières. Mobiliser ces ressources et non les détourner, les gaspiller, les pervertir. La "triarticulation sociale" peut aider de manière décisive à répondre à tous ces défis. Cette "triarticulation sociale" est à la fois une évolution s'inscrivant dans le monde actuel, un regard sur le monde et des moyens d'action.

Nicanor Perlas(1), "prix Nobel alternatif 2003", acteur de la société civile philippine et mondiale, nous propose de regarder le monde sous trois éclairages ou aspects :
  •  l'aspect culturel
  •  l'aspect politique
  • l'aspect économique
Tout individu et tout groupe social est relié intérieurement ou extérieurement à ces trois aspects de la vie en interaction. La vie culturelle sous-tend nos conceptions, nos habitudes de pensées, nos valeurs, nos identités, nos recherches de sens…La vie politique régit les domaines des règles, des conventions, des lois qui permettent le "vivre ensemble". La vie économique concerne la satisfaction des besoins des uns et des autres - production, distribution, consommation-. Les sphères politiques et économiques ont chacune leurs "institutions clés" : les gouvernements et les élus d'une part, les entreprises et le marché d'autre part.
Mais qui joue un rôle clé dans la vie culturelle, dans la sphère culturelle ? Réponse : les systèmes éducatifs, les médias, les chercheurs, les artistes, les associations, les groupes religieux…C'est la "société civile", encore beaucoup trop dépendante des financiers et des pouvoirs politiques..
Mais, au niveau mondial, depuis "Seattle" et les forums sociaux mondiaux, cette société civile commence à s'affirmer face au politique et face à l'économique. Un troisième pouvoir émerge. Une "triarticulation sociale " de fait et très fragile commence à apparaître à divers niveaux de la société. La triarticulation sociale est l'interaction (de fait ou recherchée) entre les trois sphères culturelle, politique et économique.

Pour Nicanor Perlas, les seules institutions gouvernementales et des entreprises ne peuvent faire évoluer le monde dans un sens véritablement humain.


La société civile, troisième pouvoir

Le premier enjeu est donc que la "société civile" prenne mieux conscience de son identité propre, renforce son efficacité et son autonomie :
--la société civile ne cherche pas à prendre le pouvoir politique mais à l'influencer. Par exemple, la démocratie est typiquement une idée culturelle qui a pu s'institutionnaliser dans la pratique politique.
--la société civile n'appartient pas au monde économique, mais elle peut l'influencer. Par exemple, le commerce équitable vient d'une valeur culturelle qui petit à petit peut créer une nouvelle forme d'économie, voir transformer l'économie dans son ensemble.
-- la société civile est un lieu de débat et d'émergence d'idées et valeurs. Par les préoccupations qu'elle met en lumière ( O.G.M., travail des enfants, écologie…), elle stimule les sphères politiques et économiques dans leur propre domaine. Par exemple, la société civile a un poids énorme en s'attaquant à l'image de grandes marques pour les obliger à respecter des droits sociaux ...
L'exemple étant le plus puissant des messages, la société civile peut affirmer ses valeurs par la mise en œuvre concrètes d'alternatives innovantes à visage humain
Ainsi selon l'organisation internationale Globenet3, la société civile trouve sa raison d'être dans la culture au sens large qui englobe les notions de "spirituel, humain, social, culturel et écologique" C'est elle qui en fin de compte donne une légitimité culturelle, de sens, et de raison d'être dans la société. Car la sphère économique globale livrée à elle-même impose une direction insensée et irrationnelle : adorez l'idole "Croissance Economique", l'idole "Consommation Infinie", ... ! La sphère économique actuelle "sans scrupule" et "sans perspective" est inhumaine en créant des cohortes de "sans". Les sans emploi, les sans ressource, les sans racine, les sans culture, les sans abri, les sans droit, les sans avenir… . La planète dans son ensemble est menacée.
Un autre enjeu est que la société civile, suffisamment vivante et autonome, s'engage dans des partenariats triarticulés avec des alliés individuels ou institutionnels dans les sphères économiques et politiques. Cela peut donner des ampleurs insoupçonnables au mouvement de transformation du monde.

Nous avons à construire une société civile diverse, multiforme et libre, renforçant de plus en plus ses capacités à
  •  Résister
  • Proposer et mettre en œuvre des alternatives
  •  Mettre en œuvre quand c'est possible des partenariats avec la sphère politique et avec la sphère économique, pour agrandir les espaces de résistance et de construction d'alternatives. Et en fin de compte faire évoluer ces sphères politiques et économiques
  •  Et ceci à tous les niveaux du plus local au plus global.
  •  la société civile favorise l'éducation, la participation, la responsabilisation…

Fraternité, égalité, liberté.

La société civile peut s'appuyer sur des valeurs universelles comme la liberté, l'égalité et la fraternité, et s'en imprégner pour se construire elle-même.
La liberté de conscience, d'expression, de créativité.
Se considérer égaux, sur un même plan de valeur, quelques soient nos idées, croyances, classe sociale, nationalité...
La fraternité dans le domaine des besoins : chacun doit pouvoir manger, se vêtir, éduquer ses enfants et réciproquement avoir un rôle dans la société au service des autres…
Historiquement, on peut aussi remarquer que chaque fois qu'une des trois sphères domine ou cherche à dominer les autres, c'est au détriment de l'humain. Dans le passé, le communisme soviétique, au nom de l'égalité et de la fraternité, a construit un pôle étatique politique contrôlant le pôle culturel ( éducation, médias) et le pôle économique. Aujourd'hui, le néo libéralisme construit un pôle économique non fraternel qui domine au nom de la liberté la politique et la culture par le pouvoir financier, la publicité, la corruption, le contrôle des "élites" politiques. Les divers intégrismes - musulman, chrétien américain, matérialiste et scientiste…- sont des tentatives d'une culture non libre de dominer les esprits de tous et /ou les lois ( sphère politique)…Et chaque fois qu'une sphère s'éloigne trop de sa "valeur guide" ( culture/ liberté ; politique /égalité ; économie / fraternité) nous pouvons être sûrs de rencontrer des problèmes.

Un développement durable authentique

Le développement durable est défini comme une démarche respectant les capacités des générations futures à assumer leurs besoins, en harmonisant les aspects économiques, écologiques et sociaux du présent. Pour que ce concept élevé ne soit pas dévoyé par les égoïsmes et par les entreprises qui veulent seulement un profit durable, il faut une société civile forte. Elle seule -c'est à dire chacun de nous et nous tous ! - peut nous sortir de la crise fondamentale que traverse l'humanité.
La vision d'avenir et mobilisatrice de la "triarticulation avancée"est bien une transformation de chacun des 3 pouvoirs actuels :
  •  les pouvoirs politiques sont non seulement démocratiques, mais deviennent participatifs, garants de l'équité et de la justice, et fondés sur la compassion. La laïcité -garante d'égalité dans le domaine spirituel- devient positive , mobilisatrice des profondeurs humaines au lieu de renier cette dimension humaine intérieure
  •  les pouvoirs économiques cherchent à répondre aux vrais besoins matériels de tous les êtres humains par des échanges mutuellement bénéfiques, coopératifs et solidaires, bien sûr dans une logique de respect du vivant et d'une évolution durable
  •  les sphères culturelles ont pour préoccupation l'encouragement au développement des facultés sociales et spirituelles, des talents de chacun. Elles parviennent dans le respect de la diversité culturelle des peuples et des individus à stimuler des valeurs claires et cohérentes ainsi qu'à défendre l'intérêt public.

Conclusion
Chacun d'entre nous participe aux trois sphères culturelle, politique et économique. Chacun a une influence en vivant et incarnant des valeurs, en élaborant ses propres conceptions, en approfondissant sa propre conscience (culture). Chacun participe à la vie de la cité, par sa civilité, son respect des règles, sa participation aux débats …(politique). Chacun participe à la vie économique et y fait des choix( consommateur, travailleur, producteur…). De plus en plus de gens, à tous les niveaux de responsabilité dans la politique et l'économie, chercheront des alliés pour transformer le monde qui en a bien besoin.
La société civile a cette responsabilité historique :
à partir de la culture authentique au sens large et de l'engagement personnel : réorienter le monde ! La conscience de chacun, mise en actes, en sera le moteur premier et inaliénable.
Frédéric vanpoulle avec ATOS ( Alliance pour une Triarticulation de l'Organisme Social)
(1) voir encart "la société civile: le 3 ème pouvoir"
 

Commenter cet article

POMMIER 18/04/2010 23:20


Très bon article Frédéric !! Bravo.


Guy ROGER 06/02/2009 13:37

Bonjour Frédéric,
Origines exactes des citation : œuvres, chapitres, paragrahes...
Cordialement,
Guy

Guy ROGER 06/02/2009 13:37

Bonjour Frédéric,
Origines exactes des citation : œuvres, chapitres, paragrahes...
Cordialement,
Guy

Frédéric Vanpoulle 06/02/2009 19:48


Là, j'en suis souvent incapable...
Voir en tout cas le livre d e Nicanor Perlas, "société civile, toisième pouvoir" éditions Yves Michel.


Guy ROGER 05/02/2009 17:49

Bonsoir Frédéric,
Quand tu auras endigué la corruption qui génère le profit à l'échelle mondiale, tu pourras envisager la suite ; ce n'est pas demain la veille.
Cordialement,
Guy

Frédéric Vanpoulle 06/02/2009 10:57


Pessimiste !
petite citation
"il n'y a jamais eu d'âmes merveilleuses incarnées sur Terre,
autant de forces célestes positives autour de la Terre".
Nous ne sommes pas tout seul, la terre dans cette vision spirituelle a pourvocation de devenir le cosmos d e l'amour. Chacun d'entre nous peut y contribuer...
En se libérant d e beaucoup d e choses, mais attention aux paradoxes et aux fausses routes, notamment la fuite de nos responsabilités humaines, qui ne sont pas les mêmes suivant nos karmas,,
dharmas, ages...


Guy ROGER 05/02/2009 08:39

Bonjour Frédéric,
Tu n'es certes pas le premier à essayer. Cette tentative, la construction imaginaire et rigoureuse d'une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal total, porte un nom : utopie.
Cordialement,
Guy

Frédéric Vanpoulle 05/02/2009 13:39


Non, il ne s'agit pas d'utopie,
mais d'observations, de clés de lecture du réel...
Puis effectivement, d e moyen d'action et de construction, en cultivant certaines pratiques et valeurs...
Ce n'est pas plus utopique que de dire pour l'^ztre humain:
nous avons un pôle tête
un pôle métabolique ( et de s membres)
un pôle rythmique ( respiration, rythme cardiaque)
et une bonne santé résulte d'un bon équilibre entre les trois pôles.

Côté société, ne serait-ce pas comparable ?
Cordialement